Publié le 15 mars 2024

Protéger la biodiversité du Québec n’est pas une mission impossible réservée aux experts, mais une série d’actions concrètes à la portée de chaque citoyen.

  • Votre jardin ou balcon peut devenir un maillon essentiel d’un corridor écologique en accueillant des plantes indigènes.
  • Vos choix à l’épicerie ont un impact direct sur la préservation des terres agricoles et du patrimoine génétique local.
  • Vous pouvez activement contribuer à la recherche en participant à des programmes de science citoyenne.

Recommandation : Commencez par une action simple : remplacez une plante ornementale par une espèce indigène comme l’asclépiade et observez la vie qui en découle.

Ce sentiment vous est familier ? Le silence là où chantaient les oiseaux, la rareté des papillons sur votre balcon, une impression diffuse que la nature vibrante de notre enfance s’étiole. Face à ce constat, l’impuissance nous guette. On nous dit de recycler, de moins consommer, mais ces gestes semblent une goutte d’eau dans un océan. On observe avec une admiration mêlée d’inquiétude la majesté du caribou forestier ou l’élégance du béluga du Saint-Laurent, en se sentant bien loin de pouvoir réellement peser dans la balance de leur survie.

Le discours ambiant se concentre souvent sur les grandes manœuvres, les politiques gouvernementales et les accords internationaux, nous laissant, nous citoyens, sur la touche. Et si la véritable clé n’était pas de « protéger » la nature comme une entité lointaine et fragile, mais de redevenir un partenaire actif au cœur de ses mécanismes, ici même, au Québec ? L’idée n’est plus de se voir comme un simple spectateur, mais comme un ingénieur écologique à petite échelle, dont chaque décision, chaque fleur plantée, chaque légume acheté, a une résonance dans le grand réseau trophique québécois.

Cet article n’est pas une liste de bonnes intentions. C’est un guide pratique pour transformer cette impuissance en action ciblée. Nous allons explorer comment votre terrain, aussi modeste soit-il, peut devenir un sanctuaire ; comment votre panier d’épicerie peut défendre une forêt ; et comment votre passion pour la nature peut se muer en une contribution scientifique précieuse. Nous allons réapprendre à voir notre environnement non pas comme un décor, mais comme un système complexe et fascinant dont nous sommes un rouage essentiel.

Pour une immersion visuelle dans l’un de ces écosystèmes précieux que nous cherchons à préserver, la vidéo suivante vous emmène au cœur de la réserve naturelle de la Tourbière-de-Venise-Ouest. C’est un exemple parfait de la richesse et de la fragilité de la biodiversité locale.

Pour vous guider dans cette démarche, cet article est structuré en actions concrètes, allant de la compréhension des enjeux jusqu’à l’engagement sur le terrain. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer à travers les différentes facettes de votre nouveau rôle de partenaire de la biodiversité.

Sans les abeilles et les vers de terre : à quoi ressemblerait un Québec sans biodiversité?

Imaginer un Québec sans biodiversité, ce n’est pas un exercice de science-fiction, mais une projection de tendances déjà en cours. À l’échelle mondiale, l’érosion est vertigineuse : le World Wildlife Fund rapporte une chute de 69% des populations d’espèces sauvages entre 1970 et 2018. Cette statistique abstraite a des conséquences très concrètes ici, chez nous. La biodiversité n’est pas qu’une collection d’animaux et de plantes ; c’est un moteur économique et un système de support vital qui nous fournit gratuitement des « services écosystémiques » inestimables.

Prenons un exemple simple : les arbres en ville. Au-delà de leur beauté, ils sont des climatiseurs naturels. Une étude a démontré que des arbres bien placés peuvent réduire les besoins en climatisation de près de 60% en été, un gain direct pour le portefeuille des ménages québécois. Maintenant, multiplions cet effet. Les chauves-souris, dont les populations déclinent, sont des prédateurs voraces d’insectes, limitant la prolifération de ravageurs agricoles. Les oiseaux champêtres pollinisent les cultures et les fleurs sauvages. Le béluga du Saint-Laurent est un indicateur de la santé de tout un estuaire et une icône touristique majeure. Chaque espèce est un fil dans une immense toile. Quand un fil casse, la structure entière s’affaiblit.

L’effondrement de ce réseau trophique aurait des impacts en cascade. Un déclin du caribou forestier perturbe l’écosystème boréal. La menace pesant sur le chevalier cuivré, un poisson unique au monde vivant près du lac Saint-Pierre, met en péril un équilibre aquatique fragile et affecte la pêche. Comprendre cette interdépendance est la première étape. Chaque espèce, du majestueux mammifère au modeste ver de terre qui aère nos sols, joue un rôle irremplaçable. Agir pour la biodiversité, ce n’est donc pas seulement protéger de jolies créatures, c’est préserver les fondations de notre propre bien-être et de notre économie.

Accepter cette réalité, c’est comprendre que chaque geste compte pour retisser cette toile affaiblie.

Adieu gazon parfait : le guide pour créer un jardin vivant qui attire les papillons et les oiseaux

La pelouse verte et uniforme, véritable symbole nord-américain, est en réalité un désert écologique. Il est temps de repenser nos jardins non comme des espaces stériles à entretenir, mais comme des habitats à créer. Transformer votre terrain en une oasis de vie est l’une des actions les plus directes et gratifiantes que vous puissiez entreprendre. Il s’agit d’une véritable démarche d’ingénierie écologique à votre échelle.

Le principe de base est simple : privilégier les plantes indigènes. Ces espèces, qui ont évolué avec la faune locale, fournissent la nourriture et l’abri parfaitement adaptés aux insectes, papillons et oiseaux du Québec. L’asclépiade commune, par exemple, est la seule plante hôte pour les chenilles du papillon monarque. Sans elle, ce grand migrateur ne peut se reproduire. En plantant des rudbeckies, des échinacées ou des verges d’or, vous déroulez un tapis rouge pour une myriade de pollinisateurs. L’intégration de différentes strates végétales (arbres, arbustes, vivaces) crée des niches écologiques variées, répondant aux besoins de multiples espèces.

Jardin québécois avec asclépiades attirant des monarques et rudbeckies visitées par des chardonnerets

Comme le dit si bien l’horticultrice québécoise Marthe Laverdière, ce changement de paradigme nous invite à voir la nature différemment. Dans une entrevue pour Radio-Canada, elle nous rappelle une vérité essentielle :

Il n’y a pas de mauvaises herbes, mais il y a juste des plantes à la mauvaise place.

– Marthe Laverdière, Radio-Canada

Cette philosophie implique aussi de bannir pesticides et engrais chimiques, qui empoisonnent le sol et la faune. Laisser des feuilles mortes et des tiges séchées durant l’hiver fournit des abris cruciaux pour les insectes. L’étape ultime est de créer des corridors écologiques en collaborant avec vos voisins. Imaginez vos jardins connectés, formant une voie sécuritaire pour que la faune puisse se déplacer, se nourrir et se reproduire. Votre jardin n’est plus une île, mais une pièce vitale d’un réseau vivant à l’échelle du quartier.

Chaque fleur indigène plantée est une invitation à la vie, un maillon restauré dans la chaîne du vivant.

La guerre aux envahisseurs : 5 plantes exotiques à éliminer de votre jardin au plus vite

Créer un jardin pour la biodiversité implique autant d’ajouter les bonnes espèces que de retirer les mauvaises. Les plantes exotiques envahissantes (PEE) sont une des plus grandes menaces pour les écosystèmes locaux. Introduites pour leur attrait ornemental, elles s’échappent des jardins et colonisent les milieux naturels, supplantant les espèces indigènes et dégradant les habitats. Agir contre elles est un geste de protection essentiel.

Ces envahisseurs sont de redoutables compétiteurs. La renouée du Japon, par exemple, forme des colonies si denses qu’aucune autre plante ne peut pousser, en plus de déstabiliser les berges des cours d’eau avec ses racines. L’érable de Norvège, souvent confondu avec notre érable à sucre, crée un ombrage si profond qu’il empêche la régénération du sous-bois forestier. Le nerprun, quant à lui, va jusqu’à modifier la chimie du sol, le rendant inhospitalier pour de nombreuses espèces natives. Votre rôle de jardinier-partenaire est donc aussi celui d’un gardien, qui identifie et élimine ces menaces.

Le tableau suivant, inspiré des informations fournies par des organismes comme Espace pour la vie, vous aidera à identifier cinq des pires coupables au Québec et, surtout, à choisir une alternative indigène bénéfique.

Plantes envahissantes et leurs alternatives indigènes québécoises
Plante envahissante Impact sur l’écosystème Alternative indigène Bénéfices écologiques
Renouée du Japon Empêche la croissance d’autres plantes, déstabilise les berges Asclépiade commune Stabilise les berges, nourrit le monarque
Nerprun bourdaine Acidifie le sol, empêche la régénération de l’érable à sucre Viorne trilobée Fruits pour oiseaux, maintient pH du sol
Érable de Norvège Ombrage excessif, inhibe la croissance du sous-bois Érable à sucre Espèce patrimoniale, soutient biodiversité locale
Myriophylle à épis Étouffe les plantes aquatiques indigènes Potamot perfolié Oxygène l’eau, habitat pour poissons
Roseau commun Forme des colonies denses, réduit la diversité Scirpe des étangs Filtration naturelle, refuge pour sauvagine

L’élimination de ces plantes doit se faire de manière sécuritaire pour ne pas propager l’invasion. Une fois arrachées, elles ne doivent jamais être compostées. Le ministère de l’Environnement du Québec, via son programme Sentinelle, encourage les citoyens à signaler les colonies et informe sur les méthodes d’élimination sécuritaire, souvent via les écocentres. En remplaçant une PEE par une plante indigène, vous faites coup double : vous retirez une menace et vous ajoutez une ressource pour la faune locale.

Cette vigilance active transforme un simple geste de jardinage en un acte de restauration écologique.

Votre panier d’épicerie peut-il sauver une forêt ? Décrypter les étiquettes pour protéger la biodiversité

L’impact de nos actions ne s’arrête pas aux limites de notre terrain. Chaque semaine, à l’épicerie ou au marché, nous posons des gestes qui ont des répercussions directes sur la biodiversité du Québec. L’agriculture et l’urbanisation sont les principaux moteurs de la perte d’habitats. Selon le gouvernement du Québec, près de 75% de l’urbanisation dans les basses-terres du Saint-Laurent se fait au détriment des milieux naturels et agricoles. Choisir ce que nous mettons dans notre assiette est donc un levier puissant.

Opter pour des produits locaux et de saison est un bon début, car cela réduit la pression liée au transport et soutient l’économie d’ici. Mais il faut aller plus loin et s’intéresser aux pratiques des agriculteurs. Un producteur qui utilise des haies brise-vent, maintient des bandes riveraines larges le long des cours d’eau ou pratique l’agroforesterie crée des habitats et des corridors pour la faune au sein même de ses terres agricoles. Ces fermes deviennent des alliées de la biodiversité, et non des adversaires. Encourager ces pratiques par nos achats envoie un signal économique fort.

De même, s’intéresser aux variétés ancestrales québécoises est un acte de conservation. L’agriculture industrielle a favorisé une poignée de variétés standardisées, menaçant un riche patrimoine génétique. En achetant une « tomate de la Mémé de Beauce » ou un « haricot Thibodeau » auprès d’un producteur passionné, vous contribuez à préserver cette diversité qui est aussi une assurance pour l’avenir face aux changements climatiques. Pour faire des choix éclairés, il faut oser poser des questions et devenir un « consomm’acteur » curieux.

Votre plan d’action pour une épicerie pro-biodiversité

  1. Points de contact : Listez les marchés fermiers, les fermes de paniers bio (ASC) et les épiceries près de chez vous qui mettent de l’avant les producteurs locaux.
  2. Collecte : Lors de votre prochaine visite, identifiez les produits qui mentionnent des pratiques écologiques ou des variétés patrimoniales. Prenez-les en photo.
  3. Cohérence : Confrontez ces informations à vos valeurs. Le producteur parle-t-il de santé des sols, de gestion de l’eau, de non-utilisation de pesticides ?
  4. Mémorabilité/émotion : Repérez ce qui rend un produit unique. Est-ce une histoire de famille, une variété rare sauvée de l’oubli ? C’est un signe d’engagement profond.
  5. Plan d’intégration : Engagez un dialogue ! Utilisez les questions ci-dessous pour discuter avec les producteurs et choisissez de soutenir ceux dont les pratiques sont les plus alignées avec la protection de la biodiversité.

Votre panier devient ainsi plus qu’un simple repas : il est un vote pour le type de paysage agricole que vous souhaitez voir au Québec.

Devenez un scientifique amateur : 3 programmes québécois pour aider la recherche sur la biodiversité

Et si votre passion pour l’observation de la nature pouvait directement aider les scientifiques à la protéger ? C’est la promesse de la science citoyenne. Face à l’immensité du territoire et à la rapidité des changements, les chercheurs ne peuvent être partout. En devenant leurs yeux et leurs oreilles sur le terrain, vous pouvez fournir des données cruciales pour comprendre et gérer la biodiversité québécoise.

Des plateformes comme Biodiversité Québec ont été créées pour centraliser ces efforts. Elles permettent aux observations de milliers de citoyens de s’agréger pour former une image précise de l’état de nos écosystèmes. Ces données ne sont pas anecdotiques ; elles aident à cartographier la distribution des espèces, à suivre les migrations, à détecter l’arrivée d’espèces envahissantes et à évaluer l’efficacité des mesures de conservation. C’est une infrastructure collaborative où chaque participant, quel que soit son niveau d’expertise, joue un rôle actif.

Participer est plus simple que jamais. De nombreux programmes sont accessibles et ne demandent qu’un peu de temps et de curiosité. En voici quelques-uns parmi les plus populaires au Québec :

  • Mission Monarque : Un programme qui vous invite à chercher des chenilles de monarque sur les asclépiades de votre jardin ou d’un parc. Ces données sont essentielles pour suivre la reproduction de cette espèce emblématique.
  • iNaturalist Québec : Avec votre téléphone intelligent, vous photographiez une plante, un insecte ou un animal. L’application et sa communauté vous aident à l’identifier, et votre observation géolocalisée est ajoutée à une base de données mondiale.
  • eBird Québec : Pour les amateurs d’oiseaux, cette plateforme permet de signaler vos observations. Les données collectées aident à dessiner des cartes de répartition précises et à suivre les populations d’espèces, y compris celles menacées.
  • Inventaire des chauves-souris aux abris : Ce programme vous guide pour recenser les colonies dans les bâtiments et suivre leur état de santé, une aide précieuse pour ces espèces en déclin.

Même sans quitter votre salon, vous pouvez contribuer. Des projets comme la transcription numérique des collections du Musée canadien de la nature permettent d’aider à numériser des décennies de données naturalistes. En participant, vous ne faites pas que collecter de l’information ; vous développez un regard plus aiguisé sur la nature qui vous entoure et vous vous connectez à une communauté de passionnés.

Votre simple promenade en nature peut ainsi devenir une mission scientifique qui a un impact réel.

Votre passage en forêt laisse des traces : le guide de l’étiquette en parc national

Les parcs nationaux du Québec sont des joyaux, des refuges pour la biodiversité et des lieux de ressourcement pour nous. Mais notre présence, même bien intentionnée, peut avoir un impact. Comprendre et respecter l’étiquette de la randonnée et du plein air, c’est agir en partenaire conscient, en minimisant notre empreinte pour préserver l’intégrité de ces sanctuaires.

Le principe fondamental est de ne laisser aucune trace de son passage. Cela va au-delà de ne pas jeter de détritus. Cela signifie rester scrupuleusement sur les sentiers balisés pour ne pas piétiner la flore fragile et éviter de créer des « raccourcis » qui favorisent l’érosion. Cela implique de ne cueillir aucune fleur et de ne prélever aucun « souvenir » (roche, bois, etc.), car chaque élément fait partie de l’écosystème. Il est aussi crucial de ne pas nourrir les animaux sauvages. Un écureuil ou un raton laveur habitué à être nourri perd sa capacité à trouver sa nourriture et peut devenir agressif, un comportement qui peut mener à son euthanasie.

Il est aussi important de comprendre que tous les secteurs d’un parc n’ont pas le même niveau de protection. Des organismes comme la SÉPAQ et Parcs Canada délimitent des zones avec des règles spécifiques pour concilier conservation et activités récréatives.

Zones de conservation dans les parcs et comportements appropriés
Type de zone Niveau de protection Comportement requis Exemples au Québec
Préservation intégrale Maximum Strictement sur sentier, silence recommandé Cœur du parc de la Gaspésie (habitat caribou)
Utilisation extensive Élevé Randonnée permise, camping désigné seulement Secteurs périphériques Mont-Tremblant
Services Modéré Activités récréatives encadrées Zones d’accueil des parcs
Conservation marine Variable Navigation réglementée, vitesse réduite Parc marin Saguenay-Saint-Laurent

Ce respect des règles est vital, notamment dans les milieux fragiles comme le Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Comme le souligne Nadia Ménard, scientifique des écosystèmes pour Parcs Canada, des mesures visant à mieux protéger les baleines sont constamment mises à jour pour réduire le dérangement et les risques de collisions. En tant que visiteur, respecter les distances d’observation n’est pas une contrainte, mais une participation active à la survie de ces géants.

Chaque visite devient alors une occasion de soutenir la conservation, et non de l’entraver.

La ‘sylvothérapie’ urbaine : comment les parcs de Montréal et Québec peuvent soigner votre esprit

La protection de la biodiversité n’est pas qu’un devoir ; c’est aussi une source immense de bienfaits pour notre propre santé mentale et physique. Les parcs urbains, comme le Mont-Royal à Montréal ou les plaines d’Abraham à Québec, sont bien plus que des espaces verts : ce sont des lieux de thérapie accessibles à tous. La pratique de la « sylvothérapie » ou du « bain de forêt » (Shinrin-yoku) consiste à s’immerger en pleine conscience dans un environnement naturel, et ses effets positifs sur la réduction du stress et l’amélioration de l’humeur sont aujourd’hui scientifiquement prouvés.

Ces bienfaits créent un cercle vertueux : plus nous apprécions la nature, plus nous sommes enclins à la protéger. Vous pouvez transformer une simple promenade en une expérience de pleine conscience biodiversité. Au lieu de marcher la tête baissée, prenez le temps de vous arrêter. Écoutez les différents chants d’oiseaux, observez la danse des insectes pollinisateurs sur une fleur, touchez l’écorce d’un arbre centenaire, sentez l’odeur de la terre après la pluie. Ces gestes simples nous reconnectent au monde vivant et à ses rythmes apaisants.

Vue contemplative du parc du Mont-Royal avec visiteurs observant la nature en silence

Cette connexion peut aussi devenir active. Des organismes comme Nature-Action Québec organisent régulièrement des activités de bénévolat qui allient bien-être et action concrète. Participer à la plantation d’une microforêt urbaine, comme au Parc de la Renaissance à Laval, est une forme de sylvothérapie active : vous vous faites du bien tout en créant un nouvel îlot de biodiversité pour les générations futures. C’est la preuve que l’engagement écologique et le soin de soi peuvent aller de pair.

La prochaine fois que vous visiterez un parc, lancez-vous un petit défi. Essayez d’identifier cinq espèces d’oiseaux différentes au lac aux Castors, de repérer trois types de lichens sur un même arbre sur les Plaines, ou de documenter la vie grouillante d’un seul mètre carré de prairie au parc Maisonneuve. Cet exercice ludique aiguise vos sens et vous révèle la complexité et la beauté de la nature qui survit au cœur de nos villes.

Prendre soin de la nature en ville, c’est finalement aussi prendre soin de nous-mêmes.

À retenir

  • Votre jardin n’est pas un décor, c’est un écosystème potentiel dont vous êtes l’ingénieur.
  • Vos choix de consommation, notamment alimentaires, sont un vote quotidien pour ou contre des pratiques agricoles qui soutiennent la biodiversité.
  • Devenir un scientifique citoyen est un moyen accessible et puissant de transformer votre passion pour la nature en une contribution concrète.

Agriculture bio au Québec : au-delà du logo, comprendre ce que vous mangez vraiment

Nous avons vu que nos choix alimentaires ont un poids. En se tournant vers l’agriculture biologique, on pense souvent faire un geste pour sa santé et pour l’environnement. C’est vrai, mais la réalité est nuancée et mérite d’être approfondie. Le logo « bio » garantit le non-usage de pesticides et d’engrais de synthèse, ce qui est un bénéfice énorme pour la biodiversité des sols et des cours d’eau. Selon Nature Québec, les pratiques agricoles intensives affectent un grand nombre des 38 espèces fauniques et 78 espèces floristiques désignées menacées au Québec.

Cependant, toutes les agricultures biologiques ne se valent pas en matière de soutien à la biodiversité. Une immense monoculture de maïs bio, bien que n’utilisant pas de produits chimiques de synthèse, offre très peu d’habitat pour la faune comparée à une ferme diversifiée de plus petite taille. C’est pourquoi il est crucial de s’intéresser à ce qui se passe « au-delà du logo ». Les fermiers qui intègrent des pratiques d’agroécologie (rotation des cultures, culture sur couvert végétal, agroforesterie) vont plus loin en créant des agro-écosystèmes résilients et riches en vie.

Étude de cas : Les fermes de paniers bio, gardiennes du patrimoine génétique

Les fermes fonctionnant sur le modèle de l’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC), plus connues comme les « paniers bio », jouent un rôle crucial et souvent méconnu. Au-delà de fournir des légumes frais, beaucoup de ces fermes agissent comme de véritables conservatoires vivants. Elles cultivent des variétés patrimoniales québécoises, comme la tomate de la Mémé de Beauce ou le haricot Thibodeau du Comté de Portneuf. Ces variétés, parfaitement adaptées à notre terroir mais délaissées par l’agriculture industrielle pour des raisons de rendement ou de standardisation, sont un trésor de patrimoine génétique. En vous abonnant à un panier bio qui valorise cette diversité, vous participez directement à la sauvegarde de ces saveurs et de cette résilience pour l’avenir.

Comprendre ce que vous mangez, c’est donc apprendre à décoder ces différents niveaux d’engagement. C’est privilégier le producteur qui vous parle avec passion de la santé de son sol, qui se vante d’avoir des ruches au milieu de ses champs, ou qui vous fait découvrir un légume que vous n’avez jamais vu. C’est cette curiosité qui transforme le consommateur passif en un véritable partenaire de l’agriculture régénératrice.

Pour commencer ce partenariat avec la nature dès aujourd’hui, votre prochaine épicerie est le point de départ idéal. Cherchez ces variétés patrimoniales, posez des questions aux producteurs et transformez votre panier en un acte concret pour la biodiversité québécoise.

Rédigé par Geneviève Lavoie, Geneviève Lavoie est une agronome de formation et une experte en agriculture durable, comptant plus de 10 ans d'expérience dans le conseil aux fermes biologiques et la sensibilisation à la consommation responsable. Elle est une figure de proue du mouvement zéro déchet au Québec.